Olivier Masmonteil - Paysage

Olivier Masmonteil est un peintre de métier scrupuleux, soigneux, méticuleux.
Depuis 25 ans il s’emploie à explorer différentes étapes d’une histoire de la peinture et de ses thèmes classiques. Pour autant l’approche est bien plus complexe qu’il n’y parait, car en « carottant » cette histoire, c’est tout autant la question de la peinture que du statut de son auteur qui apparait. En effet, depuis les premiers emprunts à Courbet jusqu’à l’emploi des motifs des années trente, ce n’est pas qu’une histoire de la peinture qui a été bouleversée, mais aussi celle, sociale, de son auteur. L’artiste intellectuel que décrivait Léonard de Vinci, est devenu artiste génie chez Baudelaire, puis travailleur avec les avants gardes. Cette sédimentation qu’explore Olivier Masmonteil est ainsi tout autant celle des styles et des sujets que des différents moments d’une société où l’artiste a vu son statut profondément évoluer. En ce sens, comprenant sa manière même de travailler, Olivier Masmonteil use d’anachronismes, structurant un atelier tenant presqu’autant de la « maison », que de l’entreprise high tech rompue à l’usage des réseaux sociaux. L’atelier devient un appareil moderne efficace, où chacun de ses participants apporte une position différente, à l’image d’un espace de co-working. « J’observe que travailler dans la logique de l’artiste n’est pas œuvrer sur quelque chose qui appartient à celui qui le réalise, mais être capable de s’immiscer dans la pensée d’un autre »1. Cette « manière » se retrouve dans les strates des œuvres où chaque plan est celui d’une exécution différente qu’Olivier Masmonteil coordonne. Ces compilations autant que compositions mêlent des temps différents, du plus ancien, académique, au plus présent intégrant une géographie de la peinture actuelle.
 
Pour cette première exposition, nous avons pris le parti de procéder par étape. En s’appuyant sur le paysage comme on le ferait sur une base, il s’agit de prendre les choses par leur commencement.

C’est d’ailleurs par cet exercice, et notamment celui de la réalisation des ciels et des nuages que les novices accédaient à l’atelier des maîtres. Le motif du nuage informe et peu reprochable dans son exactitude n’était alors plus vraiment l’objet de la peinture. Il s’agissait de se concentrer sur des apprentissages techniques : les rapports visuels de clair sur foncé, les transparences, les opacités, le gras sur maigre, les flous, les complémentaires. Le ciel et ses nuages étaient alors sujets d’un apprentissage de la lumière par les gestes du métier. Une fois ces éléments maîtrisés, le sujet et la composition devenaient envisageables, et l’apprenti changeait de position dans l’atelier pour accéder à l’exécution d’autres éléments.
Chez Olivier Masmonteil, ce paysage autrefois perçu comme un accessoire de composition et d’apprentissage, est à considérer comme un exercice central, et il s’agit, par le principe des séries et des va-et-vient permanents entre plusieurs « moments de peinture », d’essayer d’en épuiser le sujet. Ce sujet est chez Olivier Masmonteil exploré de deux manières : l’une est horizontale et les différentes lignes d’horizons et de premier plan semblent fuir pour déborder des côtés du tableau, comme si nous étions devant un élément de séquence, extraite d’un travelling qui balayerait un paysage pour le décrire comme le lieu d’une action. Et d’une autre façon, certains tableaux verticaux tiennent de l’image immobile. Ici la construction est plus complexe et surtout contenue dans le tableau qui devient alors fenêtre.

Dans les deux cas cela suppose un rapport physique à la nature et à un environnement qu’Olivier Masmonteil connait. Ces paysages sont la plupart écrits ou décrits : il peut s’agir de temps de paysages vécus par des voyages ou de portions fantasmées lorsqu’elles sont prélevées dans les œuvres d’autres artistes. Pour Paul Signac, dans son texte sur les impressionnistes que reprendront les Fauves, « la pratique de l’art est un savoir employé au service de la sensation ». Ainsi il ne s’agit pas de copier ces paysages, mais d’en faire un réel prétexte jubilatoire à peindre, dans une déformation subjective de la nature qui laisse alors la place à différents chevauchements, collages, emprunts, « l’exploration prudente d’un monde de sentiments en partant d’angles visuels différents »2. Dans l’espace de ce tableau, Olivier Masmonteil ouvre à la fois un espace technique maîtrisé mais aussi un espace émotionnel intime. Un paysage à vivre n’est pas qu’un objet mais aussi une possibilité de se positionner. Et en ce sens, la question philosophique de l’horizon, depuis les travaux de Leon Battista Alberti (1404 – 1472) où celui qui regarde est défini comme le point singulier de cet horizon, évoque un imaginaire, une abstraction, voire pour certains artistes une cartographie intérieure.

 Ainsi par ces différents échantillonnages de paysages, Olivier Masmonteil assume doublement cet héritage de la peinture. Naviguant avec aisance dans ces histoires il se les approprie pour les relier entre elles dans l’espace du tableau. Et dans le même temps, ce réel plaisir à peindre lui permet avec subtilité de poursuivre cette exploration intime. Alors, entre tradition assumée et pratique contemporaine, Olivier Masmonteil joue à déplacer sans cesse un curseur de désir.
 

1-    Mathieu Mercier, entretien réalisé par Marie Maertens in « Rencontre, Olivier Masmonteil et Mathieu Mercier », Olivier Masmonteil, Cercle d’Art, 2018

2-    Dr Susann Buhl, in « Olivier Masmonteil, The Wrong Line », Spinneri Archiv Massiv, 2006