Pierre Clerk (1928) puise ses références artistiques dans les formes élémentaires et universelles de Brancusi et dans le cubisme de Picasso. Mais il sera surtout influencé par le Néoplasticisme de Mondrian et Van Doesburg. Par la  suite, il retiendra les oeuvres découpées de Matisse.
Pierre Clerk s'approprie ensuite les grandes tendances de son époque (Expressionnisme Abstrait, Minimalisme, Post Minimalisme, Art Conceptuel), retenant en particulier l'enseignement de Barnett Newman et la distance qu'il exprime face à la spontanéité du geste. Il intègre les recherches des minimalistes et de l'Art Conceptuel qu'il retranscrit dans des peintures aux formes rigoureuses.
Pierre Clerk élabore une oeuvre originale, fondée sur un langage linéaire et graphique, parfois à contre-courant des créations de cette époque. Il retranscrit dans ses oeuvres un certain « graphisme spatial » qui atteint des dimensions parfois monumentales. Les lignes horizontales, verticales et courbes, s'imposent et s'équilibrent par le rapport des volumes et des couleurs. Cette organisation rationnelle des éléments géométriques donne au tableau un caractère objectif.
Alors qu'à la fin des années 1960, les peintres expressionnistes abstraits triomphent, Pierre Clerk accentue davantage sa démarche. Son abstraction géométrique élimine toute trace de facture picturale, toute suggestion de rapport sensible entre l'artiste et son oeuvre. Son vocabulaire artistique s'élabore constamment à travers des oeuvres dépouillées, monumentales et modernes.


Arnaud Dubois

Pierre Clerk
Né en 1928 à Atlanta
Vit et travaille en France et à New York


FORMATION
McGill University, Montreal
School of Art & Design, Montreal Museum of Fine Arts


EXPOSITIONS PERSONNELLES
2014
The Long View, Galerie Thomas Bernard - Cortex Athletico, Paris - voir l'exposition ICI

2013
Peintures, Sérigraphies, Sculptures, Salle des Dominicains, Saint Emilion
Pierre Clerk
, Château Canon La Gaffelière
Driven to abstraction, Musée Gajac, Villeneuve sur Lot

2012
Pierre Clerk : out of his mind, Galerie Crone, Berlin
Pierre Clerk : out of his mind, Galerie Thomas Bernard - Cortex Athletico, Bordeaux - voir l'exposition ICI

2011
Pierre Clerk : couleurs, formes, espaces, Base Sous Marine, Bordeaux

2010
70 / 10, Galerie Thomas Bernard - Cortex Athletico, Bordeaux - voir l'exposition ICI

2009
Constructs, Galerie Thomas Bernard - Cortex Athletico, Bordeaux - voir l'exposition ICI

2003
Pierre Clerk, Aurelio Atefanini, Arte Moderna e Contemporanea, Florence

1978
Cutout Reliefs, Recent Sculptures, DiLaurenti Gallery, New York
Oeuvres Recentes, Canadian Cultural Center, Paris
Paintings, Tapestries, Graphics, Part I & II, exposition itinérante
Pierre Clerk, The American Center in Tehran
Pierre Clerk, The Metropolitan Museum of Art, Manila
Pierre Clerk, The Hong Kong Art Center, Hong Kong

1977
Pierre Clerk at Waterside, The Monumental Outdoor Sculpture Program, Public Art fund, New York
Pierre Clerk, The Everson Museum of Art, New York

1976
Everson Museum of Art, Syracuse
Arts Center, Pueblo
Selected Works, Square One Gallery
Gallery Moos, Montreal
Gimpel Weitzenhoffer, New York
Gimpel Hanover, Zurich
Gimpel Fils, Londres
Siegelaub Gallery, New York
Il Cavallino Galleria, Venise
Cittadella Gallery, Ascona
Montreal Museum of Fine Arts, Montreal
Beno Gallery, Zurich
New Gallery, New York
Galleria Totti, Milan
Numero Galleria, Florence


EXPOSITIONS COLLECTIVES

2017
FIAC,
Galerie Thomas Bernard - Cortex Athletico, Grand Palais, Paris, France

2016
The Past is the Past, Galerie Thomas Bernard - Cortex Athletico, Paris - voir l'exposition ICI
The Future is the Future, Galerie Thomas Bernard - Cortex Athletico, Paris - voir l'exposition ICI

2014
Quelque chose à vous dire, Galerie Thomas Bernard - Cortex Athletico, Paris - voir l'exposition ICI
Présentation des nouvelles acquisitions, Artothèque, Villeurbanne

2013
Campagnes/ Campagne, Galerie Thomas Bernard - Cortex Athletico, Bordeaux - voir l'exposition ICI

2012
My own private #1, The Snake, Galerie Thomas Bernard - Cortex Athletico, Paris

2011
Il est si doux..., Galerie Thomas Bernard - Cortex Athletico, Château Giscours, Margaux - voir l'exposition ICI
Artbrussels 2011, Galerie Thomas Bernard - Cortex Atheltico, Bruxelles - voir l'exposition ICI

2010
Armory Show, Galerie Thomas Bernard - Cortex Athletico, New York
Matériaux divers et autres bonnes nouvelles, Galerie Thomas Bernard - Cortex Athletico, Bordeaux - voir l'exposition ICI

2009
FIAC, Galerie Thomas Bernard - Cortex Athletico, Paris

1990
Albright Knox Museum, Buffalo
Contemporary Sculpture at Chesterwood, Stockbridge

1988
Contemporary Sculpture at Chesterwood, Stockbridge

1987
Contemporary Sculpture at Chesterwood, Stockbridge
Zack/Shuster Gallery, Boca Raton
D. Erlien Fine Art, Milwaukee
Hokin Gallery, Bay Harbor Islands
Kauffman Galeries, Houston
Robert Kidd Gallery, Birmingham
Katharina Perlow Gallery, New York

1981
Chicago International Art Exposition, Sculpture 81 (outdoor), Philadelphia
Sculpture on Shoreline Sites (outdoor), Fordham University-Lincoln Center, New York

1976
Bicentennial Banners, Hirshhorn Museum, Washington
Spectrum Canada, Montreal
British International Print Biennial, Bradford
Painting & Sculpture Today, Indianapolis Museum of Art

1971
New Acqusitions, Whitney Museum, New York
ROSC Modern Graphics, Waterford
Rosc 71, International Exhibition of Modern Art, Dublin

1968
7th Biennial of Painting, Ottawa

1967
EXPO 67, Montreal

1962
Biennial of Art, Ottawa
Canadian Pavillon, World Fair, Bruxelles

1959
Carnegie International, Pittsburgh

1958
Biennale de Venise

1956
Biennale de Venise
Art Gallery of Toronto
New Acquisitions, Museum of Modern Art, New York

1955
New Talent Exhibition, Museum of Modern Art, New York


PROJETS PUBLICS
1989
New Jersey State Council on Arts

1983
1% for Art, City of Toledo

1987
1% for Art, Alaska

1986
Council on the Arts and Humanities

1982-86
Blue Askew, Staten Island

1984
Connecticut commission on the Arts

1982
City Hall, Park Department, New York

1975
City Walls Mural, Public Art Fund, New York


BOURSES
1990
Pllack/Krasner Foundation Grant

1989
New Jersey State Council on the Arts, outdoor sculpture commission

1983
Toledo, Ohio, Art in Public Places, outdoor sculpture commission

1980
Canada Council Project Grant, Europe
USIA Exhibition Grant

1978
State Department Lecture Grant, Far East
Public Arts council of Municipal Art Society of NYC
Tamarind Institute Visiting Fellow, Albuquerque
Canada Council Travel Grant
Florsheim Foundation Grant

1977
Municipal Art Society Grant
United States Department Travel Grant

1972
United States Information Service Exhibition Grant

1971
Canadian Council Award


COLLECTIONS
Artothèque du Limousin, Limoges
Maison du livre, de l'image et du son, Villeurbanne
AT&T Co., New Jersey
Atlantic-Richfield, Avon
Brooklyn Museum
Chase Manhattan Bank, New York
Chemical Bank, New York
City of Toledo
Continental Bank, Chicago
Department of External Affairs, Canada
Eissner Collection, Marblehead
First Wisconsin Banks, Milwaukee & Madison
Glasgow Art Museum, Glasgow
Gulf Oil Corps, Pittsburgh
Guggenheim, New York
IBM
John D. Rockefeller III, New York
Kennedy International Airport, New York
Les arts au mur, Artothèque de Pessac
Manufacturers Hanover Trust Co., New York
Marine Midland Bank, New York
McCrory Corp., New York
Mobil Oil Corps., New York
MoMA, New York
Museum of contemporary art, Montreal
Museum of contemporary art, Teheran
Museum of Quebec, Quebec
National Gallery of Canada, Ottawa
National gallery, Washington
New Mexico University, Albuquerque
New York University, New York
New York National Gallery of Art
Philip Morris Inc., NY & Richmond
Port Authority, New York & New Jersey
RCA, New York
Saul Steinberg, New York
US Steel Corp.
Whitney museum, New York

Pierre Clerk, Out of his mind,
exposition à la Galerie Cortex Athletico : 12. 04. 2012 - 26. 05. 2012

 

Logique de la vision

La loi de clôture de la Gestalt-théorie indique qu'une forme fermée est mieux reconnue comme une figure qu'une forme ouverte. Un arc de cercle sera plus aisément lu comme figure si l'on peut le prolonger pour le percevoir comme cercle (Crète II), ou une forme serpentine, comme une sorte de câble, visible par intermittence, courant sous une surface colorée (Interlock). Les toiles de Pierre Clerk exposée pour Out of his mind semblent ainsi creuser les lois de perception du visible avec attention. S'il ne s'agit bien entendu pas de forger des images à double lecture[1], il est cependant manifeste que le travail du peintre s'appuie ici sur une profonde sensibilité à la couleur pour poser la question de la forme en tant que telle. C'est ainsi la capacité du chromatisme à faire forme qui intéresse l'artiste (cf. son admiration pour le Matisse des papiers découpés). La couleur fonctionne ici comme une sorte de matière, ou mieux : comme l'ensemble des pièces d'un casse-tête dont il faudrait construire l'assemblage le plus précisément possible. Pierre Clerk élabore ainsi une sorte de mécanique de la couleur, dans laquelle les tonalités sont autant de pièces d'une étrange et infinie machine, sans cesse réajustées. Et si le travail de l'artiste est bien plus purement formel que celui d'un Léger par exemple, pour lequel il confesse une profonde admiration, il conserve des recherches du maître l'intérêt pour une couleur qui soit en même temps volume, forme, capable de transformer les corps en rouages dans la grande mécanique chromatique du travail.

Le peintre travaille ainsi à multiplier et diffracter les plans. Si Clerk a pu être touché par la peinture de Newman ou de Rothko, ce n'est pas pour l'expressivité du geste, mais pour la capacité à faire jouer la profondeur par un travail sur la couleur. Ainsi, dans une récente série de toiles (exposées dans Couleur, Forme, Espace), l'artiste joue-t-il de la possibilité d'identifier des formes qui semblent pourtant être diffractées sur plusieurs plans. Les peintures exposées ici, plus récentes, montrent elles aussi des formes qui donnent l'impression de se mouvoir dans la troisième dimension, mais qui dans le même temps démentent cette impression et rabattent toutes les couleurs sur la planéité de la toile. Il y a donc dans ces images un travail sur la profondeur, à la fois affirmée et niée, prenant en compte les logiques du medium avec lequel l'artiste oeuvre, pour mieux les faire jouer. Entendez : réintroduire du jeu dans les pièces d'une mécanique trop bien huilée. De ce point de vue les formes de Clerk sont comme les diagrammes de l'entrelacs qui enserre dans une même boucle le corps du sujet percevant et le monde. La perception n'est pas pure contemplation d'éléments séparés, auxquels je ferais face comme un être désincarné et en survol par rapport au monde. Mais dans le même temps, on n'accède aux choses que par le biais d'une distance par rapport à cette perception, à cette foi en l'illusion perceptive, que le peintre met en scène en jouant de la planéité/profondeur de la toile. Il y a ici un entrelacs reliant le monde et le sujet, et dans le même temps un chiasme qui les sépare - qui les relie tout en les séparant. On sait que ces catégories sont celles avec lesquelles Merleau-Ponty voulait penser le rapport perceptif au monde, cette manière particulière d'être au monde qui est celle de l'homme, et qui se manifeste à même la perception[2]. Ici la toile met en scène chiasme et entrelacs, met à nu la logique de la perception.


Topologie et géométrie.

Il était d'usage, dans l'Antiquité, de tracer au sol le plan de la ville que l'on désirait fonder, en s'appuyant sur des formes géométriques ; les augures, pour décider du moment opportun pour lancer une offensive, découpaient dans le ciel des formes pures et y lisaient les courbes que les oiseaux y traçaient. Pythagore, on le sait, avait fondé une société mystique dans laquelle les figures et les nombres avaient valeur magique. La géométrie et la magie avaient ainsi partie liée. Sans doute y a-t-il quelque chose de profondément mystérieux dans cet accord entre la mathématique et le réel ; accord que la magie tente d'apprivoiser comme elle peut. Mais il y a plus : la géométrie pose sur le sol des formes pures tirées du ciel des Idées - elle donne lieu. Par sa capacité à produire arbitrairement des formes dans l'espace, elle donne aux espaces qu'elle sert à fonder l'apparence de nécessité propre à toutes les productions intellectuelles qui obéissent à des règles précises. Si nombre de toiles de Clerk ne représentent pas des lieux, elles en empruntent les noms ; aux plans étagés de la couleur, l'artiste ajoute celui de la signification. On repense ainsi à la série des toiles auxquelles le peintre donna des noms de cités mayas, à leur forme géométrique, et à l'intérêt magique que cette civilisation portait aux mathématiques ; et Palenque apparait ici nom plus uniquement comme un possible diagramme des cités disparues, mais comme une mise en oeuvre (plus qu'une représentation) de cette puissance magique propre à la forme, de cette capacité à susciter du sens quand elle semble n'être qu'un fantôme extrait du réel - elle met en oeuvre la géométrie en tant que forme pure et magique qui donne lieu dans l'espace indifférencié. Le Dasein est là, à un moment donné, et il a à assumer cette facticité - il est jeté-là[3], sur le sol, sans repères ; les mathématiques  permettent d'y découper des formes qui pourront être remplies de sens - et tant pis si ce sens reste une projection. Que ce soit Alexandrie d'Egypte ou le New-York où vécu Pierre Clerk, la ville ne semble devoir trouver son assise dans le sol que par l'acte magique de la géométrie.


L'abstraction et la vie

C'est que la peinture abstraite, comme son nom l'indique, provient paradoxalement de la vie. Elle ne peut en être proche, s'en approcher, qu'en lui tournant le dos. Et de ce point de vue, il n'est pas inintéressant de se pencher sur les expériences que le peintre reconnait comme matricielles pour son travail - et tant pis (tant mieux ?) s'il s'agit de reconstructions a posteriori. Clerk parle volontiers de ces tapis « orientaux » sur lesquels il jouait enfant, et qui furent pour lui l'expérience première de la couleur. Au ras du sol, on peut y construire des châteaux, des formes avec des cubes ; petit augure, petit architecte, au ras de la couleur déjà découpée en formes géométriques et répétitives, dont la loi de composition reste pour l'oeil difficile à cerner, pris dans leurs méandres et leurs entrelacs, sans doute y a-t-il là une expérience matricielle de cette magie de la géométrie. De même, on sait que Clerk a beaucoup été marqué par les tapisseries des indiens Eskimos du nord canadien, lors de son enfance. Et les figures géométriques de ces tissages ont d'ailleurs donné lieu à une série qui emprunte ses titres à des noms de villes Eskimos ou Inuits. Enfance de l'artiste et enfance de l'art, comme l'on disait il y a (heureusement) quelques temps de cela : artisanat qui repose sur l'utilisation de formes simples pour construire des objets utilitaires dotés de forces magiques liées à leur forme. Puissance évocatrice aussi, sans doute, de ces villes posées dans le grand espace géométrique du nord canada. Les hommes s'ancrent dans le sol comme ils peuvent - Clerk a trouvé le moyen de la couleur et des formes.

Guillaume Condello



[1] Cf. le vase de Rubin, le lapin-canard, etc. de la gestalt-theorie (fondée par Koffka Wertheimer et Köhler au début du XXème siècle).

[2] Maurice Merleau-Ponty, Le visible et l'invisible, Gallimard, coll. TEL.

[3] Martin Heidegger, Etre et temps, 1927. Traduction Martineau  (hors-commerce) disponible sur internet.